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La Congrégation des Soeurs du Rosaire de Jérusalem 2/3

Sr. Braksid SWEIDAN

samedi 5 avril 2008

Article paru dans la revue "al Manâra", (Jouniéh, Liban),2 et 3/1990, pp.136-150, sous le titre "Rahbanat al-Wardiyyat al-Muqaddasa" par la sœur Braksid SWEIDAN, traduit de l’arabe par le fr. Jean-Marie MERIGOUX, o.p., de la Province dominicaine de Toulouse, et Dalal ADIB, le 12 décembre 1991

II - Mère Marie-Alphonsine Ghattas, fondatrice

Son premier prénom fut Soultaneh. Elle naquit à Jérusalem le 4 octobre 1843, au sein d’une famille chrétienne très pieuse.
Son père Danil Ghattas et sa mère Catherine Antoun Youssef l’élevèrent dans la piété, l’amour de la Reine du Rosaire et la dévotion aux âmes du Purgatoire. Elle fit ses études à l’école des Sœurs de Saint Joseph de l’Apparition de Jérusalem et elle répondit à l’appel de la vie religieuse en entrant dans cette congrégation.
Cette "fille de Jérusalem" a pu ainsi se préparer à la vie religieuse et émettre ses vœux sans entrer canoniquement dans une maison de formation en France. Elle avait obtenu pour cela une permission spéciale du Saint-Siège qui avait pris en considération la mentalité orientale qui existait à Jérusalem au sujet du départ des jeunes filles vers l’Occident.
Le 30 juin 1860, elle prit l’habit dans la congrégation de Saint Joseph, sur le Mont Calvaire, et elle fut désormais connue sous le nom de sœur Marie-Alphonsine.
Ce fut également sur le Calvaire qu’elle fit sa profession dans la vie religieuse.
Au début de l’année scolaire, elle fut chargée du catéchisme. Les élèves furent à l’aise avec elle et eurent confiance en elle, notamment les ainées.
C’est à elle que revint la part la plus importante dans la direction de la Confrérie de l’Immaculée Conception. De cette Confrérie devait sortir les fleurs qui allaient être à la naissance du Rosaire de Jérusalem.
Elle dirigea en outre la Confrérie des mères chrétiennes tant à Jérusalem qu’à Bethléem et ces deux groupes sont toujours prospères de nos jours.

La Vierge se mit à lui parler au cours de ses apparitions successives et lui demanda avec insistance :

"Je veux que tu commences la Congrégation du Rosaire car je suis ta Mère, je t’aiderai et serai ton appui".

La Vierge continua :

"Commence le travail et adresse-toi tout d’abord au Patriarche Vincent Bracco et mets-le au courant de tout cela. Il te conduira parce que les missions de son évêché et d’autres progresseront grâce au Rosaire".

La visionnaire acquiesça à la volonté de Notre Dame, rencontra le Patriarche et l’informa de ses apparitions et des grâces qu’elle avait reçues. Celui-ci lui recommanda de prier régulièrement le chapelet.
La Vierge insista encore auprès d’elle sur sa demande et lui dit :

"Quand est-ce que tu commences la fondation de la Congrégation du Rosaire ? Prends courage et réalise mon ordre. As-tu bien compris ? Moi, je veux une Congrégation du Rosaire car elle est destinée à extirper de la terre tout mal et toute calamité".

Mère Alphonsine lui demanda alors en toute simplicité :

"O ma Mère, pourquoi ton choix s’est-il arrêté sur des jeunes filles de pays si pauvres ? pourquoi n’as-tu pas choisi pour ce projet des jeunes filles de l’élite européenne ?"

La Vierge sourit et lui répondit :

"Sache, ô ma fille, que les fleurs poussent parmi les épines. Dans ces régions j’ai connu la joie, la souffrance et la gloire et c’est parmi vous que je veux manifester mon pouvoir".

Elle demanda à la Vierge de l’aider et la Vierge lui désigna, lors d’une vision, un guide : c’était le Père Joseph Tannous, et elle lui dit :

"N’as-tu pas encore compris ? Voilà le guide spirituel que je t’ai révélé dans la vision. C’est le Père Joseph Tannous sur la tête de qui j’ai posé une couronne d’étoiles et je te le donne comme guide et directeur : je l’assisterai et l’assisterai encore et je ferai qu’il s’occupe de la Congrégation du Rosaire et qu’il en prenne bien soin".

Dès lors elle ne put que recourir à son nouveau guide spirituel et s’ouvrit à lui en toute chose. Le Père Joseph, s’appuyant sur l’inspiration de Mère Marie-Alphonsine, donna aux religieuses le nom de "Filles de Marie". Il lui demanda ensuite de rédiger un projet de règle pour la Congrégation en se basant sur ce qu’elle avait vu et entendu de la Vierge.
Son directeur spirituel lui ordonna aussi de recueillir le récit des apparitions en précisant d’une façon détaillée les grâces qu’elle avait reçues et ce que la Vierge lui avait commandé au sujet de la nouvelle congrégation.

La situation de Mère Marie-Alphonsine devenait alors délicate, sans qu’elle puisse voir une issue. D’une part, les ordres de la Vierge étaient catégoriques et indiscutables, il fallait les exécuter sans tarder, d’autre part, il était difficile pour la religieuse d’abandonner la Congrégation de Saint Joseph car elle était engagée à son égard par les trois vœux.
Quant à ses supérieures, elles n’étaient pas au courant des révélations et de la mission que lui avait confiées la Vierge.
En effet, tout pas fait dans le sens de cette nouvelle initiative, ne pouvait être considéré que comme une fuite dans le service et une impardonnable trahison. Toutefois sa fidélité à la Vierge Marie était plus forte et plus ferme que tous les obstacles.

C’est alors que, grâce à l’aide du Père Joseph et à celle de Sa Béatitude le Patriarche Bracco, son cas fut porté à Rome.
La Congrégation de Saint Joseph, ignorant la réalité de ces faits, estimait que tout cela n’était que le résultat d’un complot dont les filets avaient été tissés clandestinement. Elle croyait que la religieuse avait suivi ses idées propres et avait cédé à la tentation de rejoindre ses deux sœurs qui étaient dans la nouvelle congrégation.
Pour remédier à cette situation, la supérieure adressa une lettre au Saint-Siège par l’intermédiaire du Cardinal chargé des religieuses. Rome envoya, en réponse, un visiteur canonique comme intermédiaire entre les deux parties.
Le 12 septembre 1880, le Patriarche promulgua la dispense du vœu d’obéissance accordée à sœur Marie-Alphonsine. Lorsque le visiteur apostolique arriva en juillet 1883, il lui donna l’autorisation de s’incorporer à la troupe des vierges du Rosaire dont elle devint ainsi la dixième religieuse.
Dans une de ses visions, elle avait vu son nom écrit sur la dixième fenêtre de l’église que la Vierge lui avait fait voir.
Cette église avait la forme d’une fleur et possédait quinze fenêtres : son nom était donc associé à la Croix et à la mort du Christ, laquelle constitue le dixième mystère du Rosaire. Elle put finalement entrer dans son nouveau couvent et exprima ainsi sa joie :

"O jour bienheureux où j’ai pu parvenir à la véritable paix du cœur ! J’ai pu accomplir la volonté de mon Dieu et réaliser les ordres de ma Mère qui m’a comblée de grâces innombrables et infinies, et de cela je la remercierai toujours ardemment !"

Le 7 mars 1885, les novices prononcèrent leurs vœux très saints. Les deux sœurs Marie-Alphonsine et Catherine Abu Souan furent assignées à Jaffa de Galilée, un petit village qui comprenait des chrétiens appartenant aux diverses communautés chrétiennes : latine, grecque-orthodoxe, grecque-catholique, protestante.
Bien convaincue que la vraie éducation a son commencement et son terme dans la famille, et que la maman est la première et la dernière éducatrice, elle créa pour les mères chrétiennes un groupe particulier qu’elle appela " Confrérie du Rosaire". De même, elle fonda pour les jeunes filles des associations identiques.
Chaque fois que dans un village avait été accomplies toutes les étapes d’une telle fondation, elle était invitée ailleurs pour y ouvrir une mission semblable.
C’est ainsi qu’elle se rendit à Beit-Sahour, puis à Salt, à Bethléem, Aïn Kârem, Naplouse, Zababdeh et Jérusalem.
Lorsque le fondateur fut à sa dernière heure, Mère Marie-Alphonsine vint de Zababdeh à Nazareth pour faire ses derniers adieux à son père spirituel.
Seule à seul avec elle, il eut avant sa mort un dialogue spirituel au cours duquel il lui confia tout ce qui préoccupait son esprit et lui donna sa bénédiction en disant :

"Je suis angoissé à ton égard en pensant que tu vivras longtemps après ma mort. En effet tu rencontreras de nouvelles souffrances de la part de tes sœurs".

Elle lui répondit avec fermeté et générosité :

"Je ne m’inquiète pas de ces souffrances, je me suis sacrifiée pour le Rosaire. Tout ce que je désire, c’est votre béatitude dans la vie éternelle. Votre repos sera le mien".

Elle essuya une larme qui coulait sur sa joue et poursuivit :

"Notre Mère bien-aimée, que vous avez servie tout au long de votre vie, viendra et vous aidera à l’heure de votre mort".

En 1910, la Congrégation acquit à Aïn Kârem une propriété appartenant au père de sœur Alphonsine, située dans le prolongement de l’église de la Visitation.
Les responsables décidèrent en 1917 d’en faire un orphelinat et chargèrent la Mère Marie-Alphonsine de l’organiser. C’est ainsi qu’elle quitta Jérusalem pour son ancienne maison de campagne afin d’y consacrer ses dernières forces au service de la charité.
Mère Marie-Alphonsine eut dès lors la possibilité de reprendre sa vie contemplative. Elle demeurera clouée sur son lit jusqu’à sa mort, le 25 mars 1927.
Au moment où elle rendit son âme très pure, elle récitait le dernier "Ave" de la quatorzième dizaine du Rosaire, et c’était le jour de la fête de l’Annonciation. Le lendemain on transporta son corps dans la crypte de la Maison de Mamillah à Jérusalem où il fut inhumé dans le caveau de la Congrégation.
Peu de jours avant sa mort, Mère Alphonsine avait saisi l’occasion d’une rencontre avec sa sœur, Mère Hanneh Danil, pour lui dire en confidence :

"Après ma mort, va à tel endroit, tu y trouveras deux cahiers écrits de ma main, prends-les et remets-les au Patriarche Barlassina".

Le premier de ces cahiers était scellé à la cire rouge, il contenait le récit des apparitions.
Elle les fit donc parvenir au Patriarche qui, à cause de son ignorance de l’arabe, demanda à la Mère Augustine Arnita de traduire ces pages. Il rendit ces manuscrits originaux à la Supérieure Générale.
Les sœurs eurent à peine pris connaissance du contenu de ces deux cahiers qu’elles furent saisies de surprise et tout spécialement la Mère Hanneh.
Le temps était arrivé où la vérité devait éclater au grand jour et dissiper l’épais brouillard qui occultait la personnalité de Mère Alphonsine.
C’est alors que tout le monde comprit l’importance de la perte subie par la Congrégation avec la disparition de cette très humble religieuse qui était demeurée invisible à tous les regards pendant toutes ces années.
Maintenant les sœurs découvraient et comprenaient tous ses secrets. Ces pages révélaient aux sœurs la profondeur des racines de la Congrégation et son histoire authentique.
Le véritable fondateur de la Congrégation n’était donc pas le Père Tannous ni même la Mère Alphonsine, mais la Vierge elle-même.
Eux, n’étaient que deux instruments dociles entre les mains de la Sainte Mère de Dieu.
Si on peut établir une comparaison entre eux, il s’avère que Mère Marie-Alphonsine, en dépit de son silence et de son effacement au regard des autres, a une importance et une place plus considérable parce que c’est elle qui a reçu de la Vierge le patrimoine spirituel de la fondation, à savoir son nom, ses objectifs ultimes, ses règles et son esprit.
Par la suite on découvrit un vieux morceau de papier sur lequel Mère Alphonsine avait inscrit quelques notes spirituelles.
En les examinant attentivement elles nous révèlent une merveilleuse description des principes qu’elle avait adoptés tout au long de sa vie. C’est à son insu une vraie révélation d’elle-même. En voici quelques extraits :

1. "O Jésus, fais que je m’abandonne dans ton amour".

2. "L’amour est fort comme la mort. L’amour nous fait estimer la pauvreté, endurer la faim, le froid et nous réjouir des humiliations, accepter la maladie, résister à la tentation et supporter la persécution. L’amour nous pousse à aider le prochain dans tous ses besoins".

3. "Celui qui vit dans l’amour ne délaisse pas ses devoirs de piété au moment de l’aridité spirituelle mais il peut dire avec l’Apôtre : Qui nous séparera de l’amour du Christ ! (Rm 8,35) Quelle consolation pour l’âme que d’attirer les cœurs des autres vers l’amour de Dieu".

4. "Dans l’amour de Jésus et de Marie, on trouve le bonheur, la paix, la joie véritable et surtout la patience, et enfin le courage et la force".

5. "Il nous faut posséder une grande vertu pour pouvoir la faire partager aux autres".

6. "Le renoncement à soi-même amène de grandes grâces telles que le désir de la prière perpétuelle, la douceur du cœur, la joie intérieure, une vraie humilité et l’imitation de notre Divin Maître qui a vécu dans les lieux-mêmes où nous vivons".

7. "Remercions Dieu pour ces grâces que nous n’avons pas méritées et qui ne nous ont pas été données pour notre seul profit mais pour en faire profiter aussi les autres. Nous avons le devoir de progresser vers la sainteté et d’y entraîner tous nos frères dans le Christ".

Ainsi donc, Mère Alphonsine a bien résumé et décrit la vie que les religieuses du Rosaire devront mener. Un vie telle que celle qu’elle a elle même vécue et conçue à travers des visions qui étaient comme des prophéties éloquentes vues et entendues personnellement.

Elle dit :

" Ma Mère, la Vierge, m’a fait voir les Sœurs du Rosaire assidues au travail, chacune à sa place, et dans la tâche qui lui a été confiée. Il apparaissait dés lors clairement que la Congrégation du Rosaire consacrerait une grande part de ses efforts à la tâche de l’enseignement"

Elle ajoute encore :

"J’ai vu un autel orné en l’honneur de Notre Dame du Rosaire et une sœur qui était agenouillée devant récitant le chapelet.
Une autre sœur arrivait ensuite qui prenait sa relève et je voyais les sœurs en totalité pratiquer une obéissance parfaite en l’honneur des Mystères Joyeux de ma Mère Céleste, pratiquer la pauvreté absolue en l’honneur de ses Mystères Douloureux et pratiquer la chasteté et la pureté surnaturelle en l’honneur de ses Mystères Glorieux".

C’est tout cela donc qui porte la religieuse du Rosaire à appliquer l’article 3 des nouvelles constitutions de 1985, qui résume la spiritualité mariale de la Congrégation du Rosaire et dont nous extrayons les passages suivants :

"Nous accepterons, avec action de grâce, que nos vies deviennent de plus en plus conformes à.. (la vie du Christ) dans la joie, dans la douleur et dans la gloire, sous l’action des Mystères du Rosaire assidûment contemplés.
Nous nous laisserons guider par les exemples des vies de Mère Marie-Alphonsine et du Père Joseph Tannous, comme aussi de nos premières sœurs au temps de la fondation.
Nous nous efforcerons de reproduire les traits de leur spiritualité mariale : dans une noble et évangélique simplicité de vie, un sens religieux et familial de l’entraide en communauté fraternelle, une persévérance inlassable dans la prière filiale et confiante, une prévenance active dans le service joyeux du prochain, un consentement serein et généreux aux sacrifices dans le zèle apostolique."

Dans l’une des visions, Mère Alphonsine s’était vue en compagnie de la Vierge Marie, qui la tenait par la main et la conduisait vers le ciel ; elle planèrent ainsi au dessus du Jourdain puis descendirent sur la rive orientale.
Conformément à cette vision, elle restera là-bas à travailler pendant plusieurs années.
La Vierge ne la quittait pas si bien qu’elle obtint des fruits spirituels extraordinaires.
C’est à partir de cela que l’on fixa pour la Congrégation, dès son début, une zone précise pour le rayonnement apostolique :

"A partir de Jérusalem et de la Terre Sainte, nous...(aurons) à annoncer l’Evangile au Nom de Notre Seigneur Jésus-Christ parmi les populations de langue arabe du Proche Orient.
Notre Congrégation doit être et demeurer exclusivement orientale, et ne recevoir que des filles chrétiennes de langue arabe.
Effectivement, outre le service des missions dans les paroisses du Patriarcat latin et d’autres diocèses latins, nous participons dans toute la Région, à l’éducation des jeunes filles par la catéchèse, l’enseignement académique et professionnel.
Dans les établissements scolaires dont nous avons la charge nous participons aussi à des œuvres post-scolaires et sociales ainsi qu’au soin des malades dans les hôpitaux et les dispensaires." (Cst., § 4).

"Canoniquement, notre Congrégation des Sœurs du Rosaire de Jérusalem est une congrégation religieuse de droit pontifical à vœux simples, de rite latin, dépendant de la Sacrée Congrégation pour les Eglises Orientales. La Maison Généralice est à Jérusalem." (Cst., § 5).

"L’Eglise a confié tout spécialement aux Sœurs du Rosaire le travail apostolique de bienfaisance comme un service très saint et comme une œuvre très spéciale de miséricorde. Ceci, en s’occupant de confréries d’enfants et de jeunes et aussi en propageant le culte divin et la dévotion à Notre Mère la Vierge Marie." (cf. § 107-115 des Constitutions)


Suite : La Congrégation des Soeurs du Rosaire de Jérusalem 3/3


Le traducteur français de ce texte


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